Lu, L’ingrédient secret du bonheur de Laurel Remington

Premier roman de Laurel Remington, L’ingrédient secret du bonheur, paru en juin 2017 en France (Chez Casterman), a remporté le concours d’écriture du célèbre journal The Times et de la maison d’édition Chicken house en 2015.

Scarlett, jeune adolescente anglaise, vit mal le fait d’être le sujet principal de sa blogueuse de mère. Elle a délaissée toutes ces activités extra-scolaire, s’est éloignée de ses amies pour limiter l’inspiration de sa mère la concernant. Jusqu’au jour où le chat de sa vieille voisine, Mme Simpson, miaule de solitude suite à l’hospitalisation de sa maîtresse, et que Scarlett entre dans la maison et découvre la cuisine spacieuse de la maison d’à côté… Une passion nouvelle fait son entrée dans la vie de la jeune fille et dans celle de ses amis Violet, Gretchen, Alison et Nick…

Un roman de vie quotidienne de 336 pages, à partir de 10 ans qui plaira probablement aux collégiens.

Il était dans ma PAL depuis quelques semaines, et après avoir terminé mon dernier bouquin, je l’ai joué à la plouf et j’ai sélectionné celui-ci. Je dois avouer que la couverture un peu « girly » ne m’attirait pas plus que ça… (Je n’ai pas lu la série Les filles au chocolat, pourtant plébiscitée par mes élèves) et c’est à ça que m’a fait pensé le livre en lui-même.

Et je dois dire que j’ai bien fait, puisque j’ai été agréablement surprise et plutôt convaincue.

La thématique de l’exposition de l’intime sur le web est ici inversée puisque c’est l’adulte qui dévoile la vie de son enfant. Et Scarlett en est gênée. Cela lui déplait fortement et elle change petit à petit ses habitudes, son caractère, ses activités pour devenir insignifiante aux yeux de sa mère et de ses amis. Elle-même n’est pas autorisée au départ à être sur les réseaux sociaux que sa mère maîtrise à la perfection. L’auteur aborde aussi l’importance que peuvent prendre les réseaux dans la vie quotidienne, quand on ne vit plus que pour ses followers sans prendre conscience de ce qui se passe IRL. Et la souffrance qui en découle pour les proches (bien que ce point aurait pu être un peu plus développé?). Ma mère préfère t-elle ses followers à ses enfants? On imagine à quel point la situation doit être pesante pour le personnage principal…

Et puis, ce roman a un côté gourmand, qui donne envie de dégainer les fouets et les saladiers de ses placards, de remuer, touiller, lécher les plats de chocolat fondu… Bref un roman qui met l’eau à la bouche, qui titille les papilles et qui nous fait découvrir des recettes anglo-saxonnes, que personnellement je ne connaissais pas. Et puis la cuisine de Rosemary me vend tellement de rêve que je voudrais bien la même! J’avoue que j’ai fait un fondant au chocolat en suivant… (D’ailleurs mine de rien, je vous glisse la recette dans la photo ci-dessous. Ne me remerciez pas c’est cadeau). Rien de bien impressionnant en comparaison des recettes citées dans le roman, mais mes placards ne sont pas aussi remplis que ceux de Rosemary. M’étant un peu renseignée sur l’auteur, on me souffle dans l’oreillette qu’elle et ses trois filles seraient amatrices de pâtisseries. Ceci expliquerait donc cela…. D’ailleurs j’aurais bien apprécié un petit cahier annexe avec les recettes du roman, un peu sur le modèle de ce fameux cahier de recettes entièrement manuscrit qui donne de l’inspiration à nos pâtissiers en herbe! Et comme la vie n’est pas faite que de douceurs sucrées, Scarlett et ses amis cuisinent également de bons petits plats salés, qui font saliver….

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Et que dire du personnage de Rosemary Simpson…. Je crois que c’est le personnage que j’ai préféré. Cette vieille dame d’apparence si fragile, qui refuse les maux de la vieillesse et les souffrances qui vont avec. Qui accepte, malgré les souvenirs douloureux, de replonger dans la cuisine pour transmettre son savoir à ces jeunes personnes motivées. Les relations intergénérationnelles, d’entraide, sont plutôt intéressantes.

On a aussi un petit côté suspens avec le neveu de Mme Simpson: que veut-il? Quel est son objectif? Veut-il se débarrasser de sa tante? Ses intentions sont-elles si honorables qu’il le prétend? Je n’en dirai pas plus, mais si ce roman vous passe un jour entre les mains, n’hésitez pas. Et si vous êtes de nature plutôt gourmande foncez!

Un deuxième tome est sorti en version originale, nul doute qu’il aura également droit à sa traduction française 🙂

Je pense qu’il rejoindra bientôt les étagères du CDI et que pour l’occasion il aura droit à sa petite table thématique, entouré des quelques livres de cuisine que je possède au CDI! (D’ailleurs je vous conseille vivement, si vous ne les connaissez pas, les livres de la collection World Cook de chez Mango Editions, qui sont vraiment bien fait! )

 

 

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Réalisation d’une brochure touristique en 4ème

Avec deux collègues d’histoire-géographie de 4ème, nous avons proposé aux élèves de 3 classes de 4ème de réaliser une brochure touristique  (activité proposée dans le manuel histoire-géographie EMC Hatier 978-2-401-02012-2 p.266) .

Ce travail de recherche et de production de contenu documentaire a été décidé très vite, d’une semaine pour l’autre. En terme de temps de séance, je dispose d’une « séance »  avec l’ensemble des élèves (réparti en demi-groupe et sur des heures d’études, avec information via le carnet de correspondance) et probablement d’un ou deux autres  à la rentrée des vacances d’hiver, sur le temps d’étude, mais qui n’auront pas de caractère « obligatoire » (ils seront prioritaires sur leur temps d’étude)

Ici il s’agit donc d’une activité dont l’objectif est de réaliser une brochure touristique à destination de touristes chinois, pour un séjour de 7 jours à Paris.

Les objectifs de mes collègues d’histoire-géo sont de suivre la consigne, savoir travailler en équipe (3/4), faire preuve de créativité. Ils doivent réfléchir à la catégorie sociale des touristes afin d’adapter les propositions revêtant un caractère financier (le transport, l’hébergement et la restauration, le coût des loisirs, visites et activités…)

Concernant l’aspect créatif et production finale,  pas de contrainte particulière, si ce n’est que le travail doit être rendu sur un support matériel. Pas de support numérique donc, mais ils peuvent imprimer des images, du texte, à partir d’un logiciel de traitement de texte. Sur l’aspect créatif, je leur soumets des idées, et notamment l’idée du lapbook (ou livre objet) sur cette réalisation. Aucun caractère obligatoire, mais je trouve que cet outil peut complètement être adapté  à ce travail.  Je crois que certains groupes ont trouvé l’idée intéressante…

Du point de vue de l’info-doc, ce travail permet d’aborder, à des niveaux différents, les notions suivantes:

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En début de séance je consacre 10/15 minutes à un temps de présentation de l’activité, des consignes et objectifs du professeur d’histoire et de ceux qui relèvent de l’info doc. Je leur projette le schéma ci dessus et j’annonce que nous allons, ensemble, questionner le besoin d’information à l’aide d’un questionnement Quintilien (je vidéo projette la carte mentale ci dessous et leur en distribue ensuite une par groupe). On note toutes les propositions des élèves, j’y ajoute (si nécessaire) les questions que je me suis posée en préparant la séance. Cet échange permet de faire prendre conscience aux élèves qu’ils ont déjà des connaissances (ils connaissent des lieux / monuments emblématiques de la capitale, réfléchissent déjà au profil des touristes auxquels ils vont s’adresser …). Ils prennent conscience des informations qu’ils n’ont pas et qui leur seront nécessaires (tout ce qui concerne les modalités de transport, d’hébergement, d’autres activités / lieux / monuments pour affiner leur programme). Ils commencent également à questionner les types de sources et d’information qu’ils vont consulter (l’ensemble des groupes à évoqué le site de l’office du tourisme de Paris, et ils pensent instinctivement à des sites de voyage comparateurs de prix pour l’hébergement, la restauration, les loisirs… )

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Les élèves se répartissent ensuite en groupe, se mettent d’accord sur le profil de leurs touristes et commencent à questionner le sujet, rechercher les premières informations. Ils se répartissent (plus ou moins efficacement) les tâches, réfléchissent à des stratégie de travail en groupe ou pas, étant donné que les vacances scolaires s’invitent entre les deux séances et la date fatidique de retour des travaux.

Mes collègues m’ont invité à participer à l’évaluation (youpi!) et on essaiera de mettre en valeur leurs productions en les exposant.

Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas d’une séquence ni même d’une séance ultra bien ficelée, mais qui me permet quand même d’intervenir auprès des élèves, de les guider, de leur proposer des ressources. Jusque là, j’ai très peu en fait pas du tout, travaillé avec mes collègues d’HG. Pourtant dans l’ancien collège où j’étais en poste, c’était régulier. Je comprends les arguments « manque de temps », « faut avancer dans les programmes », mais j’ai du mal quand je constate qu’on donne des exposés aux élèves:

  • sans me prévenir : dans ce cas je ne demande pas spécialement à intervenir, mais à savoir ce qu’on leur demande, pour quand, sous quelle forme. Non pas pour faire ma grande inquisitrice (Dolorès Ombrage sort de ce corps!!!), mais tout simplement pour pouvoir choisir au mieux et avec le moins d’injustices possibles les élèves qui seront prioritaires pour venir au CDI (je vous en parlerai, mais le CDI se trouve actuellement dans un lieu annexe et plutôt minuscule pour la durée des travaux et je ne dispose que de 15 places, ce qui est … peu). Et puis je peux vérifier mes ressources physiques disponibles au CDI, au besoin mettre en place une table thématique, une caisse mobile…
  • Sans les guider plus qu’en leur donnant une consigne sur « faire un exposé sur la Rome antique » (si si je vous jure, j’ai déjà vu passer la chose). Le petit 6ème à qui on donne ce sujet sera perdu. La Rome Antique c’est vaste… Ou alors on lui a donné les consignes mais il ne les a pas retenues? Dans ce cas, si je suis informée, je peux guider l’élève dans son questionnement, dans son choix de sujet etc….
  • et parce que bon je suis prof doc et que sur les aspects purement pratiques (sur quelles heures etc…) on peut toujours trouver des solutions. Dans ce cas précis, on a épluché les EDT et les heures d’études des classes concernées et ils sont venus sur ces créneaux.

Je dois avouer, que ces derniers mois ont été assez compliqués (j’en avais en partie parlé ici) et que le déménagement du CDI a accaparé tout mon temps sur la deuxième période du premier trimestre. Étrangement je propose davantage de séances ces temps-ci, alors que le CDI Cagibi (je vous assure c’est affectueux, je le vis bien) est vraiment minus et pas idéalement conçu pour l’accueil de groupes. Tout ne tiendrais donc pas au lieu? Même si j’ai hâte de découvrir et de concevoir, d’aménager le futur nouveau et tout beau CDI, je retrouve peu à peu une énergie pro qui me faisait défaut ces derniers temps.

 

 

De la communication non violente

« Nos sentiments proviennent de la façon dont nous choisissons de recevoir les actes et les paroles des autres » Marshall B. ROSENBERG

Au PAF, cette année, j’ai obtenu le stage de sensibilisation à la communication non violente (niveau 1).

Et aujourd’hui a eu lieu la première journée de ce stage qui s’étend sur 3 jours.
J’attends beaucoup de ce stage, autant d’un point de vue professionnel que personnel (tant qu’à faire).

Je n’ai absolument pas été déçue de cette première journée. J’étais la seule prof doc du groupe parmi des profils très divers ce qui a engendré des conversations très riches  (prof en collège, lycée, lycée pro, BTS…)

Ce petit billet pour faire état de ce que je retiens de cette journée et des questionnements que cela soulève dans le cadre de ma pratique professionnelle.

L’approche de la communication non violente est portée par Marshall B.Rosenberg, psychologue américain (1934-2015). Ce processus de communication se base sur le principe de la non-violence appliqué à la communication, à la relation qu’on entretient avec un individu.  Outre la communication verbale, cette approche met également l’accent sur tout ce qui relève de la communication non verbale: les attitudes, les regards…

Nous avons réfléchi à ce qui, pour nous, relevait de la communication violente:

  • l’utilisation du TU accusateur (le TU qui touche à l’identité de la personne)
  • le manque d’empathie
  • des tons de voix violents (cris)
  • Des attitudes violentes (ignorer quelqu’un, claquer la porte sans explications)
  • les jugements / l’évaluation d’autrui, les comparaisons, les reproches, les critiques et exigences, les humiliations et autres moqueries…

De même nous avons fait ressortir ce qui relève de la CNV (et notre formatrice a complété)

  • L’utilisation du JE à la place du TU
  • L’expression de ses émotions, de son ressenti
  • Prendre la responsabilité de ce qui nous appartient (de nos émotions, de nos besoins)
  • Passer de l’exigence à la demande, et accepter le fait que la réponse à cette demande peut-être négative
  • Relever les réussites (les siennes et celle de notre interlocuteur)
  • L’empathie (être à l’écoute de l’autre mais aussi à l’écoute de soi)
  • Construire son discours sur des observations, sur des faits, sur des explications
  • Avoir de l’estime pour soi et pour l’autre, du respect pour sa personne et sa dignité
  • Être dans un rapport d’égalité
  • Apporter du sens entre les causes et les conséquences

A ce point là de ma retranscription, je me rends compte que mon approche actuelle mêle les deux, même si je préfèrerai qu’elle penche davantage du côté de la balance de la CNV.

Il m’arrive de crier, de hausser le ton pour obtenir le calme, le silence, ou l’attention des élèves (souvent), de faire des reproches en employant en plus ce TU accusateur , d’avoir des exigences avec menace de punition / blâme à la clé (une observation dans le carnet, une exclusion temporaire ou définitive du CDI, ce que je déteste donc ne fais finalement presque jamais, donc inutile ++++)

Mais à côté, je me félicite (il parait que c’est important de s’auto-féliciter quand on réussit) d’avoir un semblant d’approche CNV (sans le savoir jusque là): saluer les réussites, avoir de l’empathie (bon, ok ça dépend des jours) envers les élèves (et mes collègues?). Je pense également avoir du respect pour les élèves et éviter une relation hiérarchique de pouvoir.

Il y a donc toute un travail à faire, à essayer de mettre en place sur les points suivants, qui me semblent importants et nécessaires:

  • Apporter davantage et systématiquement du sens entre les causes et les conséquences (par exemple: expliquer sans être dans le jugement et dans le reproche, qu’un livre volé pénalise les élèves qui voudraient le lire et / ou l’emprunter, qu’un livre mal rangé est un livre perdu…)
  • Passer de l’exigence à la demande, par exemple quand je souhaite que le calme revienne au CDI ou lors d’une séance pédagogique. Le tout en ne stigmatisant pas un élève ou un groupe d’élèves face aux autres. Cela suppose donc de se déplacer, jusqu’à l’élève en question, de couper la scène aux autres, et d’adresser à voix basse sa demande. Ça j’y pense depuis longtemps, pas forcément de la manière CNV, mais je ne trouve aucune satisfaction à hausser le ton, à faire des reproches et être dans l’exigence. A priori si ça « fonctionne », il suffit de prendre le temps de prendre ce temps afin que des mécanismes, des attitudes respectueuses de toutes parts, deviennent le quotidien.
  • Utiliser davantage le JE, nommer ses émotions , ses sentiments, son ressenti (avec des mots précis. Par exemple « Je suis en colère, je suis fatiguée, je suis excédée par tout ce bruit, ce manque d’attention » …)  et exprimer ainsi ses besoins (« J’ai besoin de calme pour avancer dans telle tâche, pour avancer dans ma séance »)

J’ai également noté le fait que la CNV ne suppose pas l’absence de cadre, de limites, de règles de vie: mais je note et je surligne le fait que la construction collective de celles ci, avec les élèves, donne du sens. Et j’aimerai bien me pencher sur une construction collective des règles de vie (je déteste ce terme en fait, mais de suite je ne trouve rien de mieux) du CDI. Voir ce que ça peut nous apporter. Je profiterai probablement de l’aménagement dans le futur CDI (mais je peux tenter et expérimenter dans le CDI provisoire puisque que la situation peut s’y prêter).

Avant de m’arrêter ici pour ce premier billet CNV (il y en aura peut-être d’autres?) je rajouterai que la CNV ne remet pas en cause le fait que nous sommes des humains dotés de sentiments multiples. Les conflits font partie de la nature humaine et il n’est pas question de les éradiquer, de les refouler, mais bien de les accepter en limitant l’apparition de la violence lorsqu’un conflit émerge.

Et pour finir pour de bon, je retiens deux mots qui pour moi, ce soir, résume la CNV: être authentique et empathique.